Notre Association est née d’un concours de circonstances.

En 1987 la multinationale Nestlé étudiait la possibilité d’implanter un Centre de Recherches Biotechnologiques en Région Centre. Le dossier était arrivé entre les mains du Préfet de Région. Celui-ci constatait qu’il ne pouvait présenter qu’un catalogue de l’existant dans le secteur public, comme dans le secteur privé, mais qu’aucune structure ne permettait aux chercheurs en Biologie de se retrouver, communiquer entre eux. Au mieux, ils s’ignoraient royalement. Les Biotechnologies, comme toutes les avancées dans l’histoire de l’humanité, sont, nécessairement, à l’interface de connaissances, d’hommes ou de femmes de cultures différentes.

En toute hâte fut organisée une réunion à la Préfecture où des partenaires potentiels présentèrent leurs savoir-faire aux industriels. Ce fut une révélation.

Il fut alors décidé de pérenniser cette action afin d’encourager les chercheurs du vivant à mieux se connaître, à rechercher interactions et synergies potentielles, bases incontournables d’une vie scientifique riche dans une Région, certes plus vaste que la Belgique, mais que des mal-intentionnés qualifieraient vite de désert français.

A la demande des chercheurs du secteur privé, il convenait absolument d’éviter d’emblée une structure verticale classique, associant, sur le papier, les organismes. Une « usine à gaz » éphémère, comme nos énarques savent si bien les imaginer.

C’est pourquoi j’ai délaissé, à l’époque, ma casquette de Président du Conseil Scientifique de l’Université de Tours, pour m’orienter avec quelques autres, sous l’égide de la Déléguée Régionale à la Recherche et à la Technologie d’alors, Geneviève Terrière, vers une sorte de « club des chercheurs du vivant en Région Centre »
De la démocratie participative avant l’heure.

Préparer les esprits. Agir dans le temps, concrètement, sur les mentalités des véritables acteurs de la recherche. En conséquence, orienter notre action pour encourager les chercheurs à rencontrer, découvrir l’autre.

Non pas se limiter confortablement et épisodiquement à rencontrer le spécialiste de leur discipline à l’autre bout de la planète. Mais leur collègue de l’autre bâtiment, d’un autre organisme, du public ou du privé, proche géographiquement mais combien étranger.

Enjeu bien modeste en apparence, mais combien porteur de changements profonds. Enjeu difficile aussi, si magnifiquement décrit par Dino Buzzati dans son célèbre roman « Le désert des Tartares ». L’étranger, surtout proche, c’est l’inconnu, l’ennemi potentiel.

Concrètement le bureau provisoire avait, compte tenu des contraintes, décidé de proposer un statut associatif à Biotechnocentre plutôt que celui d’un GIS. L’adoption des statuts par l’Assemblée Générale constitutive fut réalisée, dans les greniers du Domaine de Seillac, dans la nuit du 10 au 11 Mai 1988.

En effet, pour asseoir la crédibilité de la structure et lui garder toute indépendance devant les velléités universitaires d’Orléans ou de Tours, nous fûmes conduit à domicilier le siège social dans le Loir et Cher. Le choix se fit sur le Domaine de Seillac, de part ses capacités d’accueil, mais aussi du fait que ce lieu avait un fort retentissement au niveau national par la qualité des réunions scientifiques qui s’y étaient déjà déroulées, dont la 1ère démonstration de l’existence du virus du Sida avec Gilbert Montagnier. Ce dernier y termina d’ailleurs le Colloque, précipité, par ses collègues, en signe de joie, dans la piscine du Domaine…

Les Colloques Biotechnocentre

Le premier Colloque Biotechnocentre, avec son subtil dosage entre conférenciers extérieurs prestigieux et responsables d’équipe de pointe de la Région Centre, fut une révélation pour les soixante participants : prise de conscience de la qualité des travaux réalisés dans la Région, bien souvent découverte d’alter ego de statuts différents jusqu’alors ignorés ou méprisés. Très classiquement les chercheurs avaient l’habitude de se retrouver dans leur étroite spécialité. Parallèlement, compte tenu des avancées scientifiques, tous prenaient conscience de l’extraordinaire unité du vivant.

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Les bureaux successifs continuèrent cette action grâce à la confiance et à l’appui, jamais démenti, du Conseil de la Région Centre

Tous les ans c’est plus d’une centaine de chercheurs qui se rencontrent à l’automne à Seillac. Après les chefs de service, nous avons fait une place de plus en plus importante aux jeunes chercheurs et au doctorants en fin de thèse. Les esprits insensiblement ont évolués.

30 ans plus tard, il parait naturel d’envisager ce qui était alors inconcevable : par exemple rapprochement, voir fusion des Universités de Tours et d’Orléans ! Il nous parait maintenant naturel d’avoir des travaux scientifiques commun INRA-Universités, public-privé. Que de changements !

Depuis l’origine, une règle non écrite a voulu que la présidence de Biotechnocentre tourne avec une alternance entre les deux pôles Orléans et Tours. Du fait de la souplesse des statuts, il a été fait en sorte, grâce aux cooptations à la suite des élections, qu’un équilibre public/privé et Orléans/Tours soit assuré au sein du Conseil d’Administration comme du Conseil Scientifique.

Parallèlement, ce sont les conférenciers extérieurs, souvent prestigieux, qui ont pu témoigner, à l’extérieur, de la qualité de la recherche en Région Centre et du dynamisme de ses chercheurs. Un lobbying efficace s’est, là encore, tout naturellement mis en place…
Afin de contribuer à une image claire de notre Région, le thème choisi pour illustrer les affiches présentant le Colloque a presque toujours été celui du Val de Loire qui nous unit et nous structure aux yeux de nos collègues de France et de l’étranger.

L’avenir

Il se dessine d’abord vers le dépassement de la stricte thématique des biotechnologies pour s’étendre plus généralement aux sciences de la vie, de la santé et du bien être, associant la biologie et la chimie du vivant.

Dans ce cadre, une grande avancée a été, en 2013, la contractualisation avec nos autorités de tutelle sous forme d’un Réseau thématique de recherche.

De ce fait, a été mise sur pied chaque année une Journée Thématique sur une problématique bien précise et réunissant chaque fois environ 80 chercheurs du secteur public comme du privé, pour échanger avec succès.
Parallèlement le rapprochement avec les Ecoles Doctorales abordant nos problématiques, tant à Tours qu’à Orléans, a été acté en réservant deux sièges à leurs responsables au sein du Conseil d’Administration de Biotechnocentre.

Ceci étant dit, il est bon de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur.

L’objectif que nous nous étions fixé n’est-il pas en grande partie atteint ? Les méfiances et les préjugés entre les deux cités ligériennes n’appartiennent-elles pas au passé ? Les collaborations entre chercheurs INRA, CNRS, INSERM ou Universitaires n’apparaisent-elles pas comme allant de soi ? Un coup de téléphone d’un chercheur du public à son collègue du privé, ou réciproquement, n’est-il pas devenu plus naturel ? La conscience d’appartenir à une même communauté scientifique ligérienne n’est-elle pas de plus en plus dans toutes les têtes ?
Je sais bien que rien n’est définitivement acquis, mais si on est tenté de répondre positivement à ces questions, ne peut’on dire que Biotechnocentre a bien rempli sa mission ? Mais est-ce une fin ou seulement une étape ? C’est à vous, à la communauté des chercheurs des Sciences de la Vie en Région Centre d’y apporter une réponse.

Permettez-moi, pour ma part, de vous donner mon éclairage.

Depuis 1987, face à l’extraordinaire unité des sciences du vivant, à leur développement exponentiel, à la mondialisation croissante de l’économie, ne croyez-vous pas que le cadre de la Région n’apparaît pas un peu étroit ? Que représente une région de 2,5 millions d’habitants, vu de la côte ouest des Etats Unis ou des mégalopoles asiatiques ? L’avenir n’est-il dans l’affichage d’une stature plus crédible dans une inter-région « Centre-Ouest » ou dans un réseau de capitales régionales? L’urgence ne commanderait-elle pas de sensibiliser dès maintenant les chercheurs de base ? Avec les mêmes recettes qu’il y a 20 ans ne devrait-on pas susciter les rencontres, encourager les échanges, les synergies avec nos collègues, du secteur public comme du secteur privé, d’Angers comme de Poitiers, du Mans comme de Limoges ?

C’est ensuite, sur un humus devenu favorable, que nos politiques pourront agir. Avec toutes les chances de succès, évitant les duplicata, les gaspillages d’argent, s’appuyant sur un consensus des acteurs de la recherche. N’oublions pas, seule une recherche efficace permettra à notre pays de garder sa place dans la compétition internationale.

Jean-Claude Chénieux